Elle s'agenouilla devant lui, miracle de grâce fluide dans cette tunique d'acier ajusté.
– Je le savais ! Je le savais ! murmura-t-elle. Je savais que le dieu t'enverrait ! Oh ! loué soit-il !
Elle était belle à couper le souffle, et Dixon oublia qu'il contemplait une illusion. Il ne voulait pas de sa vénération. Il se baissa vivement et l'embrassa sur les lèvres.
Quand il se fut redressé, elle leva sur lui des yeux qui exprimaient le plus pur désarroi. Ce baiser... quel effet lui avait-il fait à elle ? Car il avait embrassé une monstruosité sans bouche. Il plissa les paupières et tenta de percer le mirage, de percevoir à ses pieds l'horreur ondulante, grouillant de couleurs vives, et asexuée. Et tout en lui protestait. Elle était humaine... elle était ravissante... elle était l'essence même du charme... et elle n'existait pas, sinon comme une créature rampante et sans visage. Où Dixon trouverait-il le courage d'aller jusqu'au bout ?
Catherine Lucille Moore (1911-1987) est l'auteur d'une œuvre singulière, à mi-chemin de la S.F. et de la fantasy, marquée parle sens de l'épopée flamboyante, les aperçus cosmiques vertigineux, le fracas des images, l'ivresse de l'absolu, le don de faire naître la poésie de l'horreur et de matérialiser l'indicible. Mariée à Henry Kuttner en 1940, elle a beaucoup écrit en collaboration avec lui. Elle a eu le temps de voir l'essor de la fantasy moderne dont elle est l'inspiratrice.
Sommaire :
1 - Alain DORÉMIEUX, Préface, pages 9 à 14
2 - L'Illusion lumineuse (The Bright Illusion, 1934) , pages 15 à 52, nouvelle
3 - Plus puissants que les dieux (Greater Than Gods, 1939) , pages 53 à 105, nouvelle
4 - Le Fruit de la connaissance (Fruit of Knowledge, 1975) , pages 107 à 153, nouvelle
5 - Le Porte du temps (Doorway Into Time, 1943) , pages 155 à 177, nouvelle
6 - Le Code (The Code, 1945) , pages 179 à 241, nouvelle
7 - L'Héritier présomptif (Heir Apparent, 1950) , pages 243 à 315, nouvelle